GEORGES ANGLADE & OTHER LIVES
Haiti has left us all numb. We cling to hope and occasionally hope delivers as it did today when Wismond Exantus was saved after 11 days beneath rubble.
For many others, we mourn. Tonight I heard that the founder of PEN Haiti, Georges Anglade and his wife Mireille Neptune were both killed in the earthquake. I had the great honour to exchange stories with Georges last year as part of the PEN Free The Word Festival. In memory of this astonishing man, I give you his story in its original form that sparked our written discussion.
Should you feel like donating before you read, text GIVE to 70777 and the Disasters Emergency Committee will donate £5. If you’re in the US, text CERF to 90999 and the UN will give $5.
Les Nourritures Célestes by Georges Anglade
La première image à me venir de l’association du ciel et de la terre est celle d’un marchandage qui plonge profond dans le catéchisme de mon enfance. Nous vivions et survivions par le troc au village de Matanzas et c’est sans trop de dépaysement que nous étions passés du terrestre au céleste dans la prière par excellence de la chrétienté à genoux, le Notre Père :
Que votre volonté soit faite. Sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd’hui. Notre pain quotidien.
Cette enfilade n’était certainement pas le quatrain le plus désintéressé qui soit. C’en était même indiscutablement le plus proche de nos pratiques marchandes. Du donnant-donnant. Aussi, c’est sans surprise qu’une fois de plus, en fin du XXe siècle, après quarante ans d’interruptions, le ciel et la terre reprirent leurs négociations dans la grande île.
À Jean-Paul II, il manquait un fleuron de diable à ses campagnes d’évangélisation et à Castro, il fallait un signe d’ouverture du bon dieu pour conjurer l’étranglement.
Derrière les pompes de cette double campagne de charme d’un peuple ravi d’être enfin courtisé, il y avait en coulisse des moments d’âpretés boutiquières dans lesquels les sherpas des leaders se disputaient les moindres retombées. C’est ainsi que courut le bruit dans tout le pays que ça discutait ferme, comme marchandes de poissons sur la grève, du prix de cette rencontre.
Déjà que pour la précédente visite à Castro, celle du Premier Ministre canadien, six mois plus tôt, un frisson perceptible annonçait que quelques étaux allaient se desserrer. Cran par cran. C’était au tour du Pape d’obtenir en échange une amélioration de l’ordinaire des Cubains.
Le rationnement en ces temps durs de chutes de toutes sortes, murs berlinois et rideau de fer, était de un poulet par famille et par mois. Ce ne devait plus être qu’un mauvais souvenir tonna l’illustre visiteur qui demandait avec insistance au moins cinq poulets par famille et par mois, afin de dépasser la poule au pot du dimanche des paysans français que réclamait en son temps Henri IV. Le pape ne pouvait décemment aller plus bas que le Vert Galant sans se déjuger.
L’argument porta. Adjudication à cinq. Cette priorité au relèvement de la diète fut acceptée avec, en plus, le retour de la messe de minuit à Noël, pour célébrer la naissance de l’Homme-Dieu, et une procession sans entrave le jeudi de la Fête-Dieu pour faire le compte. Même ceux qui savent à quels marchandages se livrent les hommes de pouvoir une fois loin des caméras, tiennent cette passe d’arme pour un cas d’école. Un bijou de troc.
Le courant était continu entre les deux hommes d’une même génération, l’un et l’autre en fin de parcours, et l’on sentait bien qu’ils ne se quitteraient pas sans quelques secrètes confidences d’État de dernière minute, comme gage d’estime réciproque. Elles eurent lieu, comme souvent, au pied de la passerelle de départ. Chuchotées. Têtes collées.
Le Pape se pencha : Tu sais Fidel, Dieu n’existe pas et ce dernier de lui répondre : Tu sais Caroll, les poulets non plus.
Georges Anglade 1944-2010
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